• Forge

    Forge
    Renaud Richard

    D’abord le contact froid de l’acier dans la main
    Et le souffle brûlant du brasier qui rugit
    Le marteau les tenailles allongés sur l’enclume
    Qui offre ses bigornes en attendant les chocs

    Pendant que le fer chauffe on prépare ses coups
    On revoit dans sa tête l’enchaînement des formes
    Le pacte délicat avec la matière brute
    Qu’il va falloir dompter pour mieux la révéler

    Dans le creuset brûlant, on épie les couleurs
    Guettant impatiemment ce jaune si brillant
    Qui annonce haut et fort
    Le début du combat

    Alors, le geste sûr on assène les coups
    La table du marteau polie par les impacts mille fois répétés
    Impose à l’acier chaud de modifier ses formes
    Guidé par l’entêtement de l’enclume impassible

    Dans l’air empli du son métallique des coups
    Et de la fumée grasse du charbon qui crépite
    On chauffe, on tape, on tranche, on refroidit le fer
    Et une fois encore la matière s’éveille

    Alors, chaude après chaude
    L’objet imaginaire prend forme devant soi
    On peaufine, on tapote
    Le marteau, même lui, caresse son enfant

    L’assaut est terminé, le calme est revenu
    Seule la fonte rouge du creuset solitaire
    Claque en refroidissant, avide de chaleur.